Les fonds de capital-risque se ruent sur l’IA — mais la robotique est la prochaine étape
pourquoi je me consacre à Imagine Health
Les investissements en capital-risque sont aujourd’hui massivement orientés vers l’intelligence artificielle. En 2024 et 2025, les investisseurs mondiaux ont injecté entre 110 et 130 milliards de dollars dans des startups d’IA — soit environ quinze fois plus que les 7 à 8 milliards investis dans la robotique.
Cette répartition reflète un marché où les gagnants de l’IA sont déjà établis, tandis que la robotique n’en est qu’à ses débuts en matière d’adoption industrielle.
L’écart est considérable. Les investissements dans l’IA se concentrent autour de trois acteurs dominants — OpenAI, Anthropic et Gemini (Google) — qui contrôlent la majorité des capacités de calcul, de l’accès aux modèles et des canaux de distribution. Pendant ce temps, la robotique absorbe une part bien moindre du capital, mais commence à transformer les algorithmes de l’IA en résultats concrets dans la logistique, la fabrication et la santé.
Des signes récents montrent que l’enthousiasme pour les outils d’IA grand public s’essouffle. Selon TechCrunch, les téléchargements de l’application mobile ChatGPT ont chuté de 8 % en un mois, et le temps passé par utilisateur a diminué de 22 % entre juillet et octobre 2025. Business Insider, citant une étude de Barclays, rapporte une baisse de 40 % du trafic sur la plateforme de codage assisté par IA Lovable. Ces tendances indiquent que la phase d’expérimentation touche à sa fin : les investisseurs recherchent désormais des applications tangibles dans le monde réel.
Les trois gagnants de l’IA
Après deux années d’investissements records, la concentration de la valeur dans les modèles de fondation est évidente :
OpenAI — soutenue par Microsoft ; leader des API commerciales et de la distribution auprès des entreprises.
Anthropic — soutenue par Amazon et Google ; positionnée sur la sécurité, la conformité et la fiabilité pour les grands comptes.
Gemini (Google DeepMind) — intégrée dans l’écosystème de Google : recherche, bureautique et cloud.
Ensemble, ces sociétés captent la majorité des flux de capitaux, des ressources de calcul et de l’attention des développeurs. Les centaines de startups construites sur une capacité GPU louée et des modèles d’API subissent désormais une compression des marges et un ralentissement de la croissance. À mesure que les coûts de calcul augmentent, les acteurs secondaires sont progressivement évincés du marché.
Un capital encore sous-alloué
À l’inverse, la robotique ne reçoit qu’un dollar pour quinze investis dans l’IA, alors qu’elle touche des secteurs économiques bien plus vastes.
Le financement mondial du capital-risque en robotique s’est élevé à environ 7 milliards de dollars en 2024, avec un rythme similaire en 2025. Pourtant, plusieurs levées de fonds majeures au cours des dix-huit derniers mois témoignent d’une conviction croissante en faveur de l’automatisation physique :
Figure AI — Series C > $1B · Sep 2025 · Humanoid robots for logistics and manufacturing · Lead: Parkway Venture Capital (Reuters)
UBTECH Robotics — Up to $1B (Strategic Financing Credit Line) Sep 2025 Expansion of humanoid robot production and market presence, particularly in the Middle East. Infini Capital (Robot Report)
Apptronik — $350M · Feb 2025 · “Apollo” humanoid for warehouse automation · Lead: B Capital (Forbes)
The Bot Company — $150M · Mar 2025 · Consumer and industrial robots · Lead: Greenoaks (Tech.eu)
ForSight Robotics — $125M · Jun 2025 · Ophthalmic surgical robots · Lead: Eclipse (Business Wire)
Capstan Medical — $110M · Dec 2024 · Cardiac-surgery robots · Lead: Eclipse (Capstan)
Dexory — $100M · Oct 2025 · Autonomous warehouse-scanning robots · Lead: Eurazeo Growth (AutomatedWarehouse)
Collaborative Robotics — $100 million · Apr 2024 · Mobile robots for logistics · Lead: General Catalyst (General Catalyst)
CaPow — Series A ($15M) · Mar 2025 · Wireless power for mobile robots · Lead: Toyota Ventures (PR)
Slip Robotics — $28M · Dec 2024 · Automated loading systems · Lead: DCVC (SLIP)
Remedy Robotics — Seed · Oct 2025 · AI-guided interventional surgery robots · Lead: DCVC (DCVC)
Grid Aero — $6M · Aug 2025 · Autonomous cargo aircraft · Lead: Calibrate (sUAS)
Ces tours de table représentent environ 2 milliards de dollars de nouveaux capitaux — une somme modeste face aux flux de l’IA, mais en croissance régulière à mesure que les investisseurs cherchent des applications durables et adossées à des actifs.
Tesla Optimus : une ambition à haut risque
Le programme Optimus de Tesla, axé sur le robot humanoïde, constitue aujourd’hui le pari le plus visible et le plus spéculatif du secteur. L’entreprise affirme que cette plateforme prendra en charge des tâches répétitives en usine et en entrepôt, en réutilisant l’architecture neuronale du pilote automatique (FSD).
Si les démonstrations publiques ont montré des progrès notables en motricité et en manipulation, les risques techniques et financiers restent élevés.
Contrairement à la transition du thermique vers l’électrique, la robotique humanoïde impose à Tesla de maîtriser une complexité mécanique élevée, une réglementation incertaine et des cycles de développement longs. Certains analystes s’interrogent sur la pertinence de l’allocation de capital : tant qu’Optimus ne génère pas de revenus significatifs, il risque d’éroder les marges automobiles de l’entreprise.
Pour les investisseurs, Optimus demeure un pari à fort risque — potentiellement révolutionnaire, mais coûteux et encore éloigné d’une viabilité commerciale. En cas d’échec, il pourrait même fragiliser la perception du secteur tout entier.
Pourquoi la robotique prend le relais
L’IA a déjà automatisé la couche créative et analytique du travail — rédaction, conception, programmation. Les contraintes économiques se déplacent désormais vers les activités physiques : production, logistique, construction, énergie, santé.
La robotique relie ces deux mondes. Les progrès en capteurs, actionneurs et contrôle basé sur l’IA permettent désormais aux machines d’évoluer dans des environnements non structurés. Les coûts baissent, tandis que la demande augmente, tirée par les pénuries de main-d’œuvre et le retour de la production sur les marchés locaux.
Pour les investisseurs, le schéma est classique : la computation engendre le logiciel, puis le logiciel conduit à l’automatisation. L’IA a atteint la saturation de sa phase logicielle ; la robotique ouvre la phase d’exécution.
Conclusion
Le marché de l’IA s’est stabilisé autour de trois acteurs dominants qui concentrent la majorité du capital et des ressources de calcul. Les nouveaux tours de table produisent des rendements décroissants, et la croissance des usages grand public ralentit.
La robotique, au contraire, reste fragmentée, sous-financée et directement liée à des gains de productivité mesurables. C’est là que les avancées de l’IA peuvent enfin se traduire en impact économique réel.
Pour le capital-risque, l’équation est simple : en 2024, pour 15 dollars investis dans l’IA, un seul dollar est allé à la robotique. Cet écart ne saurait durer. À mesure que l’IA se consolide et que la demande d’automatisation physique croît, les capitaux se déplaceront vers la frontière suivante : des machines intelligentes capables non seulement de raisonner, mais d’agir.
Et c’est précisément pour cette raison que je travaille, avec une équipe exceptionnelle de roboticiens et de cliniciens, sur Imagine Health.
